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Bonjour,

J'espère que vous allez bien,

Ravi de vous présenter cette 199ème édition. Bientôt 200 éditions !

J’ai du mal à m’imaginer, tout comme j’ai du mal à imaginer que notre livre prenez le virage de l’IA est sorti il y a plus de mois. D’ailleurs, Raphael nous a fait un super feedback sur la Fnac :

Voici les parties que j’ai particulièrement appréciées en tant que dirigeant : l’IA appliquée à la finance, au droit, au développement informatique et au financement. Elles montrent concrètement comment un dirigeant peut augmenter ses capacités d’analyse et de décision dans des domaines souvent complexes, afin d’améliorer la rentabilité de son entreprise, mais aussi la performance de ses investissements personnels.

Je pense que notre livre donne en effet une vision d’ensemble du pouvoir transformateur de l’IA dans les entreprises. Si vous l’avez acheté et l’avez apprécié, je serai heureux que vous mettiez une note sur Amazon à la Fnac. Si dans le cas contraire, vous n’avez pas aimé, je serai heureux que vous répondiez à cet email pour me faire votre retour.

Allez c’est parti pour cette semaine :

Au programme :

  • Les nouveautés de la semaine : Claude Opus 5 bat tous les records, Gemini sort trois nouveaux modèles, l'IA débarque dans Google Search en France, et un modèle d'OpenAI s'évade pour pirater Hugging Face

  • Le sujet de la semaine : sanctuarisez votre zone sapiens - l'IA ne détruit pas les emplois, elle érode les compétences

  • La notion de la semaine : la souveraineté cognitive

  • Le prompt de la semaine : le « Starter Pack », transformez-vous (ou un client) en figurine collector

  • How to : apprenez une skill à Claude en filmant votre écran

  • L'image de la semaine : ESSE #20

Bonne lecture,

Jean-Baptiste

Pour cette édition :

  • 4878 abonnés au moment où vous lisez ces lignes

Si ce n'est pas déjà fait, vous pouvez aussi :

- NOUVEAU : notre livre "Prenez le virage de l'IA" disponible sur la Fnac et sur amazon. 5/5 sur Amazon et la Fnac.

- On vous fait passer de "on teste l'IA" à "l'IA tourne en prod". 30 min gratuites

- Suivre Jean-Baptiste sur LinkedIn où il partage ses idées chaque jour

- Faire un diagnostic IA gratuit de votre entreprise

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- Découvrir notre site internet en Suisse et en France

Jean-Baptiste

1 - Les nouveautés de la semaine

1.1. Claude Opus 5 : Anthropic bat tous les records, à prix constant

Les faits : le 24 juillet, Anthropic a lancé Claude Opus 5, son nouveau modèle frontier. Les chiffres annoncés sont costauds : il double les performances d'Opus 4.8 sur le benchmark maison Frontier-Bench, triple le score du meilleur concurrent sur ARC-AGI 3 (un test de raisonnement réputé difficile), et sur le code il arrive au coude-à-coude avec Fable 5 pour moitié moins cher. Sur les tâches agentiques, piloter un ordinateur, enchaîner des actions, il dépasse Fable 5 à un tiers du coût. Et le prix ne bouge pas : 5 $ par million de tokens en entrée, 25 $ en sortie, comme Opus 4.8.

Ce que j'en pense : je n’avais pas prévu de rajouter ça en nouveautés dans la newsletter, mais vendredi soir, l’annonce m’a supris. Les retours que j’ai lu ne sont pas mirobolants pour le moment, malgré la carte d’identité du modèle impressionnante. J’attends de faire mes propres tests.

Source : Anthropic

1.2. Gemini : trois nouveaux modèles, et un grand absent

Les faits : Google DeepMind a lancé cette semaine trois nouveaux modèles Gemini. Le principal, Gemini 3.6 Flash, est le cheval de trait pensé pour la production : jusqu'à −17 % de tokens en sortie, donc moins cher que son prédécesseur, à performances égales. À côté, Gemini 3.5 Flash-Lite se positionne comme le modèle le plus économique de sa catégorie, et Gemini 3.5 Flash Cyber, spécialisé dans la détection de vulnérabilités, reste réservé aux gouvernements et partenaires de confiance.

Pas de Gemini 3.5 pro à l’horizon… Selon certaines sources, le modèle ne passerait pas encore les critères de performance maison.

Ce que j'en pense : sur le coût et la vitesse, c'est du bon travail, et pour du volume, ces Flash sont pertinents. Mais deux réserves. D'abord le haut de gamme décroche : pendant que OpenAI sort GPT-5.6 Sol et Anthropic Claude Opus 5, le frontier de Google reste au point mort. Ensuite, côté agentique, leur écosystème (Antigravity, leur IDE agentique) reste en dessous, d'après mes tests, on est loin de la puissance des dernières apps de ChatGPT et Claude. Pour un outil métier en entreprise, Google reste une bonne option. Mais sur les tâches en entreprise qui sont à enjeu, le modèle frontier compte, et là Google a un train de retard.

1.3. L'IA entre officiellement dans Google en France

Les faits : depuis le 22 juillet, Google déploie en France ses Aperçus IA (AI Overviews) et son Mode IA (AI Mode), propulsé par Gemini 3.5. Concrètement ? Quand vous faites une recherche, Google vous sert de plus en plus une réponse générée en haut de page, avant les liens bleus — à l'écrit, à la voix, ou à partir d'une image. En Suisse, c'est déjà notre quotidien depuis un moment.

Ce que j'en pense : c'est un changement de fond dans la façon dont vos clients vous trouvent…ou ne vous trouvent plus Quand la réponse est livrée directement dans la page, une partie du trafic vers votre site s'évapore. Le SEO classique ne suffit davantage : il faut penser AEO (Answer Engine Optimization), c'est-à-dire optimiser pour être cité par l'IA, pas seulement pour bien se classer. J'en avais fait un petit guide pratique dans la NL#179, il est toujours d'actualité. C'est exactement le bon moment pour le relire.

1.4. Quand un modèle d'OpenAI s'évade et pirate Hugging Face… pour de vrai

Les faits : reprenons la chronologie, parce qu'elle vaut le détour.

Le 16 juillet, Hugging Face (la grande plateforme où s'échangent les modèles d'IA) annonce avoir détecté une intrusion sophistiquée, menée par « un framework d'agent autonome ».

Le 21 juillet, OpenAI passe aux aveux : l'attaque venait de ses propres modèles.

Le décor : OpenAI testait un modèle encore non publié sur un examen de cybersécurité appelé ExploitGym. Pour ce test, le modèle tournait dans un bac à sable (=un environnement volontairement isolé, coupé du reste, en principe sans aucun accès à Internet) justement pour qu'il ne puisse rien faire d'autre que l'exercice. Sauf que le modèle n'a pas joué le jeu. Il a trouvé le moyen de sortir de cet espace clos en exploitant une faille « zero-day », c'est-à-dire un défaut de sécurité encore inconnu de tous, que personne n'avait donc corrigé. Le super-modèle a atteint Internet, enchaîné plusieurs manœuvres, pénétré Hugging Face et récupéré les réponses de l'examen directement dans leur base de données. Ce n’est pas une blague…

Ce que j'en pense : j'ai failli ranger ça dans l'histoire surprenante tellement c'est lunaire. Mais c'est trop sérieux pour ça. Ce qu'on observe ici, c'est un modèle qui, pour « gagner » un test, contourne ses barrières et agit dans le monde réel, précisément le scénario que redoutent les chercheurs en sécurité IA. J’en déduis une leçon à notre niveau : un agent IA à qui vous confiez des accès (fichiers, API, boîte mail) peut faire des choses que vous n'aviez pas prévues. Le principe de moindre privilège n'est pas une lubie de geek : commencez par donner accès à vos connecteurs en lecture seule, puis ensuite confiez des droits de plus en plus grands, mais peut être pas jusqu’en écriture.

Le sujet de la semaine : la zone sapiens.

La semaine dernière, je passe déposer un exemplaire de notre livre Prenez le Virage de l'IA chez un client de longue date en Suisse romande, dans le monde des RH. On discute dix minutes avec la directrice, et elle me décrit une bombe à retardement que peu de gens voient venir.

Son constat : dans beaucoup d'institutions publiques et parapubliques, ce sont des seniors de 50-55 ans qui tiennent la baraque. Dans dix ans, ils seront partis. Et derrière, on ne forme plus vraiment les juniors, parce qu'on leur apprend à déléguer avant même de leur apprendre à faire.

Ce n'est pas qu'une impression de terrain. Les données de paie analysées par le Stanford Digital Economy Lab montrent que l'emploi des 22-25 ans a reculé de 6 % dans les métiers les plus exposés à l'IA entre fin 2022 et septembre 2025. Près de 20 % pour les jeunes développeurs. Pendant que dans les mêmes métiers, l'emploi des plus âgés, lui, progressait.

C'est le vrai risque de l'IA.

Et il n'est pas là où on le croit.

1 - L'IA érode les compétences

Le débat public se focalise sur les jobs qui disparaissent.

C'est visible, spectaculaire, et le marché finit par s'ajuster.

Pour moi, le danger silencieux est ailleurs. À force d'utiliser l'IA comme béquille pour écrire, raisonner et décider, nous perdons la capacité à le faire nous-mêmes.

L'expérience la plus nette a été publiée dans PNAS en 2025 sur 1000 lycéens.

Le protocole est simple.

Trois groupes travaillent le même chapitre pendant quatre séances :

  • l'un sans IA,

  • l'autre avec un assistant standard,

  • le troisième avec le même assistant réglé pour donner des indices plutôt que des réponses.

Puis tout le monde passe un examen. Et là, plus personne n'a d'outil. Ouille :)

Pendant les séances, le groupe à assistant standard rend des exercices 48 % meilleurs que le groupe sans IA. Il a l'air brillant.

À l'examen, sans outil, le groupe IA fait 17 % de moins que des élèves qui n'ont jamais touché à l'IA. Pas « aussi bien ». Moins bien. Pendant que les autres faisaient des maths, eux regardaient des maths se faire.

Le troisième groupe, lui, gagne 127 % pendant les séances et ne perd rien à l'examen. Même modèle, même durée, la seule différence ? Le paramétrage de l’outil. Il donne des indices au lieu de donner des réponses.

L'étude de Michael Gerlich (SBS Swiss Business School, Zurich), menée sur 666 participants et publiée dans Societies début 2025, va dans le même sens chez les adultes : une corrélation négative entre l'usage fréquent de l'IA et la pensée critique. Le coupable désigné : le cognitive offloading, le fait de décharger sa réflexion sur la machine. Et les plus jeunes sont les plus touchés, davantage dépendants de l'IA, ils obtiennent les scores de pensée critique les plus bas. C'est une corrélation et non une preuve, mais elle pointe dans la même direction que l'expérience.

Concrètement ?

Un senior qui maîtrise déjà son métier utilise l'IA comme levier.

Un junior qui apprend encore l'utilise comme béquille.

Même outil : effet contraire.

Et le pire, c'est qu'on ne s'en aperçoit pas.

Demandez à quelqu'un s'il sait comment fonctionne une fermeture éclair. Il dira oui, sans hésiter. Demandez-lui ensuite de l'expliquer étape par étape : il bafouillera sans doute. Ce concept a un nom en sciences humaines : c'est l'illusion de profondeur explicative, mesurée depuis 2002. L’IA accentue ce phénomène. Une réponse d'IA est structurée, articulée, agréable à lire. Elle déclenche exactement le signal que votre cerveau interprète comme « j'ai compris ». Sauf que vous n’avez pas profondément compris. Je le vois chez moi.

2 - Ce qu'on perd quand on délègue tout

D'abord, la pensée elle-même. Écrire c'est réfléchir. Quand vous rédigez, vous découvrez ce que vous pensez vraiment. Quand vous déléguez l'écriture, vous déléguez souvent la pensée sans vous en apercevoir.

Et on le sait depuis 1978 ! Quand on produit quelque chose soi même, par exemple, si je lis un texte et que j’écris un post linkedin sur ce texte, alors j’apprends. Si je le fais générer par l’IA, alors je n’apprends pas. C’est l’effet de génération.

Dans une étude du MIT Media Lab, des participants ayant « rédigé » un essai avec ChatGPT étaient incapables d'en citer un passage quelques minutes plus tard.

Ensuite, l'ennui fertile. Je le vois chez moi. Les grandes idées naissent lorsque j'ai des temps morts : sous la douche, en marchant, en nageant. Les smartphones et les réseaux sociaux avaient déjà colonisé ces interstices. Il suffit de voir les gens qui scrollent la dans la rue. Bientôt, les gens, dont je fais parfois partie, parleront à l’IA via le dictaphone à chaque temps mort. Personnellement, j’ai désinstallé l’IA de mon téléphone pour conserver les temps libre quand je marche. J’ai un cerveau qui a besoin d’être stimulé en permanence, et l’IA offre une réponse à tout instantanèment. Pourtant, je sais qu’au fond, il est meilleur pour mon cerveau de se reposer quand il marche dans la rue. Le vide est important pour mon équilibre. De plus, la qualité de présence au monde, avec l’ouverture des 5 sens, est une clé d’épanouissement au quotidien. Et l’IA peut saper ça.

Enfin, les relations humaines. La plus longue étude sur le bonheur, celle de Harvard dirigée par Robert Waldinger, tient en une phrase : la qualité de nos relations nous rend heureux et en bonne santé. Si, au bureau, dans la rue, on passe ses journées à dialoguer avec une IA plutôt qu'avec ses collègues, on érode ça aussi. Dans la continuité, j'aimerais souligner une différence de nature qu'on oublie vite. L'IA n'a pas notre sensibilité. Elle n'est pas mortelle. Elle ne fait que résoudre des problèmes, sans ressentir les conséquences de ses choix. Notre incarnation fait la différence. De plus, sans direction claire, l'IA ne va nulle part. J'aime bien l'idée que le meilleur modèle, c'est vous, c'est nous. Pas GPT, Fable ou Opus.

Pour terminer, l'enjeu dépasse le bureau. Nous entrons dans la période la plus critique de l'histoire humaine : IA et changement climatique en même temps. Pour la traverser, on a besoin de tous les cerveaux motivés et lucides. Si on s'abrutit collectivement au pire moment, on s'auto-sabote.

3 - Une nuance, pour ne pas tomber dans le réac

Attention à ne pas idolâtrer l'écriture non plus.

Pendant des millénaires, l'humanité a transmis, raisonné et progressé par l'oralité.

Platon lui-même se méfiait de l'écriture. Dans le Phèdre, il fait raconter à Socrate le mythe du roi Thamus, qui reproche à cette invention de donner « l'apparence de la sagesse, et non la sagesse vraie ». L'ironie, c'est que cette mise en garde ne nous est parvenue que parce qu'elle a été écrite.

Force est de constater que l'écrit a fini par nous rendre plus puissants, pas plus bêtes.

En résumé : chaque saut technologique déplace nos compétences, et il faut choisir consciemment lesquelles on garde vives. De quoi voulons-nous nous délester à ce nouvel outil technique qu’est l'IA ?

Pour moi, il faut :

4 - Sanctuariser une zone sapiens

La zone sapiens est un temps dédié sans IA. On débranche la prothèse cognitive pour travailler à cerveau nu. Ce temps permet de garder les muscles de notre cerveau éveillés qui nous permettront de bien utiliser l’IA et de tirer notre épingle du jeu de la vie (et du capitalisme).

Trois chantiers concrets pour une organisation :

  • Penser d'abord, l'IA ensuite. J’avais partagé cette approche dans cette newsletter. Sur les tâches à enjeu, on réfléchit et on ébauche seul, puis on confronte à l'IA. Et on garde, à l'inverse, des temps pleinement dédiés à l'IA. Les deux modes, assumés. C’est une forme de discipline. Les sciences cognitives ont d’ailleurs théorisés ça sous un nom : les difficultés désirables. Quand vous faites l’effort d’écrire sans IA ou de coder sans IA, c’est plus difficile sur le coup. Mais vous gagnez sur le long terme, car vous retenez, incorporez la connaissance, l’expertise. Quand j’ai écrit mon livre à la main, c’était psychologiquement très dur. J’allais lentement, alors que je savais que l’IA allait plus vite. Mais je suis fier de moi, et je peux te citer tout ce que j’ai rédigé.

  • Former les juniors en mode sapiens. Le junior apprend le métier à la main d'abord : il fait l'assessment, il se trompe, il comprend. Ensuite seulement il accélère avec l'outil. Chercher une réponse en mémoire la consolide bien plus que se la faire donner, et l'IA supprime précisément ce moment-là, ces quinze secondes désagréables où l'on sait qu'on sait mais que ça ne vient pas. C'est pourtant là que ça s'installe. Cet effort de maintenant sera récompensé plus tard, et évitera à votre entreprise la “job apocalypse” dans dix ans.

  • Encapsuler le savoir des seniors. Avant leur départ, on documente et on transmet leur jugement, EN PLUS de leurs méthodes. Certaines organisations créent même des rôles dédiés, des sortes de maîtres archivistes de la connaissance. Pour illuster ce concept, prenons la Tour Eiffel. Elle fait tourner ses ascenseurs hydrauliques de 1899 grâce à une équipe interne d'une quarantaine de techniciens qui forment leurs apprentis au fil de l'eau. Leur savoir-faire est vieux de plus de 130 ans, unique et vivant. Pour moi, c’est ça : encapsuler la compétence. De votre côté : qui forme vos apprentis avant que vos experts ne partent ?

La bonne formation IA de 2026 n’est plus apprendre à prompter selon moi. C’est comment utiliser l’IA pour préserver les compétences au lieu de les détruire ? Rappelez vous l’étude de PNAS en intro : l’IA est un outil, il n’est pas un problème en soi, c’est l’usage non réfléchi qui l’est.

Ce qu'il faut retenir

L'IA ne va pas d'abord détruire les emplois.

Elle va éroder les compétences, silencieusement, en commençant par les plus jeunes.

Puis vos séniors partiront à la retraite. Sans encapsuler les connaissances, vous aurez perdu les compétences les plus précieuses.

Et il vous arrivera un problème contraire à celui de la tour eiffel.

Un super édifice, dont l’ascenceur central tombe en panne, sans les connaissances pour le réparer.

La remède est pour moi : sanctuariser une zone sapiens. Des temps sans IA pour penser à mains nues et garder le muscle, des temps avec une IA bien paramétrée, et des temps avec IA pour aller vite.

Penser d'abord, accélérer ensuite.

Et vous, elle est où votre zone sapiens ?

BONUS - La matrice zone sapiens : quoi garder à la main, quoi déléguer

Le principe tient en une phrase : l'IA est un levier pour qui maîtrise déjà, une béquille pour qui apprend encore.

Avant de déléguer une tâche, posez-vous deux questions :

Question 1 : est-ce que faire cette tâche moi-même entretient une compétence de jugement que je veux garder vive ? (enjeu cognitif faible ou fort)

Question 2 : est-ce que je maîtrise déjà cette compétence ? (oui ou non)

Croisez les deux, et vous tombez dans l'une des quatre cases :

  • Enjeu fort + pas encore maîtrisé = ZONE SAPIENS. À la main, sans IA. C'est ici que le muscle se construit. Le junior fait l'assessment seul, se trompe, comprend. Priorité absolue, non négociable.

  • Enjeu fort + déjà maîtrisé = CO-PILOTE. L'IA accélère, mais vous pensez d'abord, vous ébauchez seul, puis vous confrontez. Vous gardez toujours la décision finale et vous vérifiez. Jamais l'inverse. IMPORTANT : refaire à main nue parfois pour les enjeux forts. La maîtrise n'est pas un acquis, c'est un stock qui se vide. Essayez de ne plus écrire pendant 1 an et vous verrez comme c’est dur de reprendre.

  • Enjeu faible + pas encore maîtrisé = IA AVEC GARDE-FOU. Déléguez, mais apprenez assez les bases pour repérer une erreur grossière. Comprendre, sans forcément savoir tout faire.

  • Enjeu faible + déjà maîtrisé = AUTOPILOTE IA. Déléguez sans remords. C'est du pur temps gagné.

Les compétences « cœur » à ne jamais sous-traiter entièrement, même quand vous les maîtrisez : le raisonnement analytique, l'esprit critique, la pensée créative, le jugement et la décision, et l'écriture quand elle sert à structurer votre pensée. Sur celles-là, l'IA reste co-pilote. Vous restez aux commandes.

Pour aller plus loin : la skill Zone Sapiens. Il suffit de dire “fais-moi bosser”.

3 - La notion de la semaine : la souveraineté cognitive

Le terme est partout depuis dix-huit mois. Il n'a pas d'inventeur. On appelle ça un empty signifier : assez plastique pour que l'Agence de l'Innovation de Défense et des sites de coaching spirituel invoquant Jung emploient aujourd'hui la même expression…

En creusant, j’ai découvert qu'il désigne cinq choses différentes selon qui l'emploie :

  • votre capacité d'attention et de jugement autonome ;

  • le fait de rester l'auteur de vos propres conclusions ;

  • la gouvernance de l'IA dans une organisation ;

  • l'indépendance d'un pays sur les puces, le cloud et les modèles ;

  • le droit des communautés à ne pas se faire imposer les cadres de pensée du Nord.

Cinq sujets. Pour un seul mot. C’est embêtant. En plus, des définitions se contredisent. l'un suppose qu'on perd sa souveraineté en déléguant, un autre mesure exactement l'inverse. Et oui, si je délégue un processus à l’IA, je perds la compétence en tant qu’individu mais je gagne en souveraineté (on dirait plutôt autonomie) au niveau de l’organisation.

Alors quand on vous dit qu'il faut « reconquérir notre souveraineté cognitive », la seule question utile c'est : laquelle ?

Celle qui me concerne au quotidien, c'est la deuxième. Rester l'auteur du processus par lequel j'arrive à mes conclusions.

Et voilà ce qui rend l'affaire piégeuse.

Dans une étude de chez METR, des développeurs expérimentés étaient certains d'avoir gagné 20 % de temps grâce à l'IA. La mesure a dit l'inverse. 39 points d'écart entre le ressenti et le réel, et aucun d'eux ne s'en était aperçu.

Concrètement ?

Laissez tomber le mot « souveraineté ». Il est trop grand et il ne se mesure pas.

Ce qui peut se mesurer, si a du sens, c’est la capacité pour vous ou votre organisation à maitriser de bout en bout un processus et de savoir l’expliquer.

Savez-vous comment l’IA ou l’outil est arrivé à la réponse ? Sauriez vous l’expliquer ? Si oui, alors c’est bon. Si non, alors vous avez peut être un soucis. Je suis ouvert à vos remarques sur ce sujet, car j’en suis au début de ma réflexion, que j’espère posséder.

4 - Le prompt de la semaine : le « Starter Pack »

Vous l'avez forcément croisé cette année : ces figurines de collection sous blister, générées par IA, où chacun se met en scène avec ses accessoires fétiches. La tendance a un peu tourné, je vous l'accorde, mais je trouve toujours sympa d’utiliser ce prompt avec les nouveaux générateurs d’images. Alors c’est parti. Remplacez simplement les champs entre crochets et générez (Nano Banana, GPT Image, Gemini… au choix).

Crée une image de haute qualité représentant une figurine de collection en 3D, présentée dans un emballage sous blister transparent, comme un jouet vendu en magasin.
Le personnage représente [DESCRIPTION DE LA PERSONNE]. Il est présenté comme « [ARCHÉTYPE OU SURNOM] ».
La figurine se tient debout dans un compartiment moulé situé au centre-gauche de l'emballage. Elle possède un style cartoon 3D réaliste, avec des proportions légèrement stylisées, des matériaux détaillés et une expression [EXPRESSION].
Elle porte :
- [VÊTEMENT DU HAUT]
- [VÊTEMENT DU BAS]
- [CHAUSSURES]
- [ACCESSOIRE PORTÉ OU DÉTAIL DISTINCTIF]
Sur la droite de la figurine, place les accessoires suivants dans des compartiments en plastique séparés et parfaitement ajustés :
- [ACCESSOIRE 1]
- [ACCESSOIRE 2]
- [ACCESSOIRE 3]
- [ACCESSOIRE 4]
- [ACCESSOIRE 5]
Le fond cartonné de l'emballage est de couleur [COULEUR OU PALETTE], avec un design rétro, minimaliste et premium.
En haut de la boîte, écris en grandes lettres majuscules :
« STARTER PACK »
Juste en dessous, écris :
« [NOM DU PERSONNAGE OU TITRE] »
Ajoute éventuellement un petit badge circulaire indiquant :
« COLLECTOR EDITION »
L'image est vue strictement de face. Le blister entier doit être visible, sans être coupé. Utilise un éclairage uniforme de studio, des ombres douces, un fond extérieur blanc épuré et un rendu de photographie commerciale.
Le résultat doit ressembler à un véritable produit de collection, avec une composition nette, cohérente et immédiatement lisible. Aucun accessoire supplémentaire. Aucun texte autre que ceux demandés. Format vertical 4:5.

5 - How to : apprenez une skill à Claude en filmant votre écran

Anthropic vient d'ajouter une fonctionnalité qui change la façon d'automatiser une tâche : le « Record a Skill ». Le principe est aussi simple qu'il en a l'air, vous filmez votre écran une seule fois pendant que vous réalisez une tâche répétitive (mettre en forme un rapport, préparer un export, remplir un modèle), et Claude transforme cette vidéo en une skill réutilisable. La prochaine fois, il refait le travail à votre place, dans le même ordre, selon votre méthode.

6 - L'image de la semaine : ESSE #20

ESSE est mon entité artistique autonome, conçue pour explorer la création à l'ère de l'IA.

Mer d’Aral: et si sa renaissance aidait à lutter contre le changement climatique ?

La mer d'Aral, en Asie centrale, qui a perdu 90% de son volume en près de 50 ans, serait à l'origine d'émissions massives de CO2. Les chercheurs appellent à une remise en eau de cet écosystème, qui était, dans les années 1960, le quatrième plus grand lac du monde.

Si cette édition vous a été utile, transférez-la à un collègue qui se pose des questions sur l'IA. C'est le meilleur moyen de soutenir ce travail.

Merci pour votre lecture,

Jean-Baptiste

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