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Bonjour,

J’espère que vous allez bien,

Cette édition vous arrive de Timo Schuler. Comme Jean-Baptiste l'a annoncé dans la NL#193, il est en congé paternité jusqu'au 8 juillet, et je reprends la plume en attendant son retour.

Petit clin d'œil de l'histoire, justement : c'est le 15 mai 2026, jour même de la NL#193, que le pape Léon XIV a publié son encyclique Magnifica Humanitas sur la protection de la personne humaine à l'ère de l'intelligence artificielle. J'y reviens dans la rubrique nouveautés, parce que beaucoup des idées qu'elle porte croisent ce que nous travaillons chez MAIjin depuis des mois.

Au programme cette semaine

  • L'outil de la semaine : here.now — publier une page web en un prompt depuis Claude Code

  • La nouveauté de la semaine : l'encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV

  • Le sujet de la semaine : Markdown pour l'IA, HTML pour vous (et pourquoi les titres accrocheurs passent à côté du sujet)

  • Le prompt de la semaine : une question préliminaire qui change beaucoup

Depuis plus de dix ans, Timo travaille à la même intersection : les organisations humaines et les outils numériques. Au siège international de Nestlé, il contribuait à l'analytique RH mondiale et l'adoption de solutions digitales. À La Poste suisse, en tant que People Development Innovation Scout, il menait en parallèle des recherches en sciences cognitives à l'Université de Fribourg sur l'usage de l'IA dans le développement des collaborateurs. Praticien quotidien de l'IA depuis 2023, il accompagne aujourd'hui équipes et dirigeants en conseil, formation et implémentation. Pour ne pas sombrer complètement dans la matrice, Timo est improvisateur à Lausanne pour la troupe Le Plus Beau Chien Du Quartier

Pour cette édition :

  • 6 135 abonnés au moment où j'écris ces lignes

  • Jean-Baptiste reprend la plume au retour de son congé pat', en juillet

  • N’hésitez donc pas à partager le lien d’inscription à vos proches

De plus, si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez aussi :

- NOUVEAU : notre livre “Prenez le virage de l’IA" disponible sur la Fnac et sur amazon.

- Prendre un rdv gratuit pour parler de nos prestations d’audits, formations et consulting

- Suivre Jean-Baptiste sur Linkedin où il partage ses idées chaque jour (17 818 abonnés)

- Faire un diagnostic IA gratuit de votre entreprise

- Découvrir notre site internet en Suisse et en France

Timo

1 - L’outil de la semaine : https://here.now/

here.now est un service qui transforme un fichier HTML autoporteur en page web partageable, en un seul prompt. Vous le passez à Claude Code, il s'occupe de l'enregistrement, de la configuration, du déploiement. Le tout en quelques secondes.

J'ai testé cette semaine. Avec Claude Code, ça fonctionne nickel : il fait l'enregistrement et la configuration tout seul, je récupère une URL prête à partager. Bizarrement, ça ne fonctionnait pas de façon autonome via Claude Cowork dans mes essais, une intervention humaine sous forme de commande bash était nécessaire.

Deux options qui valent la peine d'être notées :

  • Sans compte : vous publiez en un prompt, l'URL reste valide 24h. Idéal pour montrer rapidement quelque chose à un tiers et oublier.

  • Avec compte : vous gardez les pages de manière persistante et vous pouvez protéger par mot de passe, ce qui est utile pour partager des éléments un peu plus sensibles avec un client.

Ce que j'en pense : here.now résout un problème que beaucoup de mes clients PME romandes rencontrent sans le formuler. Vous avez quelque chose à montrer à un partenaire, à un client, à votre comptable, et le bon format n'est ni un PDF (statique, lourd), ni un Google Doc (qui demande un accès), ni un email (où le visuel se perd). Une page web partagée par URL, jetable au bout de 24h, c'est exactement le bon niveau d'effort. Et c'est aussi la suite logique du sujet de cette semaine, comme vous allez le voir.

2 - Les nouveautés de la semaine

2.1 - Magnifica Humanitas : Léon XIV publie son encyclique sur l'IA

Le 15 mai 2026, Léon XIV a publié Magnifica Humanitas, sa première encyclique consacrée à l'intelligence artificielle. Le texte commémore le 135e anniversaire de Rerum Novarum de Léon XIII (1891), qui avait posé les bases de la Doctrine sociale de l'Église face à la révolution industrielle. Léon XIV reprend ce fil pour aborder ce qu'il nomme les « res novae » de notre époque : la numérisation, l'IA, la robotique.

C'est un document long et dense (cinq chapitres). Pour cette première lecture, je retiens trois passages qui parlent directement à ce que nous travaillons chez MAIjin depuis des mois.

Sur la nature même de l'IA (§ 99) :

Cette puissance reste exclusivement liée au traitement des données. Les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d'expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne mûrissent pas dans la relation, ne savent pas de l'intérieur ce que signifient l'amour, le travail, l'amitié, la responsabilité. Elles n'ont pas de conscience morale.

Sur le délestage cognitif (§ 100), un thème que Jean-Baptiste a longuement développé dans la NL#176 (« L'IA rend stupide ») et la NL#191 (« Pourquoi j'éteins l'IA le matin ») :

La rapidité et la simplicité avec lesquelles il est possible d'obtenir des indications, des élaborations complexes, des contenus médiatiques et des formes d'assistance concrète simplifient nos vies, mais peuvent aussi nous habituer à trop déléguer et à rechercher des réponses immédiates, affaiblissant notre jugement personnel et notre créativité.

Sur la différence entre l'algorithme et la personne (§ 128) :

Pour un algorithme, l'erreur est quelque chose à corriger. Pour une personne, elle peut être le début d'un changement profond.

Ce que j'en pense : ce qui me frappe dans ce texte, ce n'est pas qu'il sorte du Vatican (encore que). C'est qu'il formule, avec une langue précise et théologique, des intuitions que les praticiens IA expérimentés portent confusément depuis des mois. Quand Léon XIV écrit qu'il faut « désarmer » l'IA, il ne dit pas qu'il faut renoncer à la technologie. Il dit qu'il faut « rompre cette équivalence entre la puissance technique et le droit de gouverner » (§ 110). Pour mes clients PME, dont la question quotidienne est « jusqu'où je laisse l'IA décider à ma place », c'est exactement la bonne formulation.

L'encyclique est accessible en français sur le site officiel du Vatican. Si vous n'en lisez qu'un chapitre, prenez le 3 (« Technique et maîtrise »).

3 - Le sujet de la semaine : Markdown pour l'IA, HTML pour vous

MD & HTML - Formats complémentaires

Depuis quelques semaines, on lit régulièrement des articles avec des titres comme « Why this Claude engineer uses HTML files as AI specs ». L'idée sous-jacente : le HTML serait devenu un format de référence pour interagir avec les LLM.

C'est vrai. Et c'est faux.

C'est vrai parce qu'effectivement, le HTML est en train de devenir un format-roi dans nos workflows IA. C'est faux parce que le titre laisse penser que le HTML serait un format mieux lu par l'IA. Or c'est exactement l'inverse : le HTML est le format que l'IA génère pour qu'un humain comprenne mieux.

Cette nuance change tout. Et c'est le sujet de cette semaine.

3.1 — La thèse en une ligne

Le markdown sert à nourrir une IA. Le HTML sert à présenter à un humain.

  • .MD = format d'input. C'est ce qu'on donne à un LLM ou à un agent pour lui passer du contexte. Léger, parsable, peu coûteux en tokens, parfait pour l'ingest.

  • .HTML = format d'output. C'est ce que l'IA produit quand on veut qu'un humain regarde, comprenne, navigue. Couleurs, hiérarchie visuelle, callouts, états cliquables, progressive disclosure.

Ce sont deux faces du même travail. On n'a pas à choisir : on les empile.

3.2 — Pourquoi le titre accrocheur passe à côté

Le « news lifecycle » fait que ce genre de nuance se perd. Un ingénieur Anthropic explique qu'il utilise des fichiers HTML comme specs pour ses agents. Un journaliste résume : « il utilise du HTML pour parler à l'IA ». Le lecteur retient : « le HTML est le nouveau prompt ».

Ce raccourci induit en erreur. Si vous donnez un fichier HTML brut à Claude, il va le parser comme du texte (bonjour les tokens brûlés inutilement). Le rendu visuel est ignoré. Ce qui compte pour le modèle, ce sont les balises et le texte, pas la mise en page.

L'inverse, en revanche, est puissant : demandez à Claude de vous produire un fichier HTML autoporteur pour synthétiser un sujet, et vous obtenez une interface qui rend le raisonnement immédiatement lisible par un humain. C'est ça qui change.

3.3 — Le mindset : interfaces jetables et abondance

L'autre point qui me semble crucial est culturel. On vient d'une époque où produire une interface visuelle coûtait cher : un designer, un développeur, plusieurs allers-retours, un livrable qu'on garde précieusement.

Avec les LLM actuels, le coût marginal de production d'une interface utilisable est proche de zéro. On peut désormais penser les interfaces comme jetables.

  • Un dashboard pour une décision unique, qu'on jette dès qu'elle est prise.

  • Une page de synthèse pour une réunion de 30 minutes, qu'on archive ensuite.

  • Un explainer pour un client, qu'on partage par URL et qu'on oublie.

Cette logique d'abondance change le rapport au document. On n'écrit plus « le document de référence ». On écrit « un artefact pour cette tâche, pour cette conversation, pour ce tiers ». L'objet devient contextuel.

3.4 — En pratique : ma skill artifact-signature

Pour outiller cette pratique, j'ai construit une skill Claude personnelle appelée artifact-signature. La méthode : j'ai demandé à Claude de lire le post Anthropic sur l'efficacité du HTML et la documentation interactive de Thariq Shihipar, puis j'ai ajouté mes propres indications de design.

Du moment qu'on a compris le concept, on a le grand avantage de pouvoir personnaliser le rendu. Pour ma part, j'ai indiqué les inspirations suivantes :

  • Apex Legends pour le « loot tier coding » : la couleur d'un élément porte une information sémantique précise. Bleu pour informatif, doré pour important, rouge pour critique, vert pour confirmé. Pas de couleur décorative.

  • Assassin's Creed (l'Animus, partie SF) pour le registre blueprint : hairlines, métadonnées en monospace, sentiment de contenu projeté plutôt qu'imprimé.

  • Passengers (Tyldum, 2016) pour la respiration : du blanc entre les blocs, un tempo qui ne brusque pas la lecture, l'idée qu'un artefact peut avoir un point de calme. À l'image des interfaces holographiques du vaisseau Avalon dans le film, peu d'éléments à l'écran et beaucoup d'espace négatif.

Concrètement, depuis que j'ai mis en place cette skill, je l'utilise constamment. La plus récente application : j'ai produit avec elle un scaffold HTML pour suivre l'état d'avancement de cette newsletter même. État des sections, blockers, candidats de sujet, workflow d'envoi. Je vois en un coup d'œil ce qui est fait, ce qui reste, ce qui me bloque. C'est devenu plus efficace que ma to-do habituelle.

3.5 — Quelques exemples concrets

Voici deux artefacts que j'ai produits hier pour des clients, anonymisés pour la circonstance. Ils illustrent deux catégories d'usage différentes.

Exemple 1 : aider un client à choisir (decision page) https://hallowed-paddle-b988.here.now/

Example de visualisation d’options en format HTML jettable pour prise de décision facilitée

Un client devait arbitrer entre deux architectures d'automatisation. Plutôt que de lui envoyer un PDF de 8 pages qu'il n'allait pas lire, j'ai produit une page web en quelques prompts : top strip qui rappelle le contexte, les deux options affichées côte à côte avec leurs coûts estimés, leurs prérequis, leur impact, et un bouton de validation. Le tout en mode sombre, palette parchment, et un seul écran de lecture. Ce qui prenait habituellement une réunion d'une heure pour le décider est devenu une lecture de 5 minutes plus un appel de validation.

Exemple 2 : transmettre un mode d'emploi (référence imprimable) https://unbound-vessel-2cgb.here.now/

Example de mode d’emploi en format HTML autoporteur, adapté pour une impression

Pour un assistant Claude personnalisé que j'avais déployé chez un client menuisier, j'ai produit un mode d'emploi A4, en mode clair, optimisé pour être imprimé et glissé sur le bureau de l'utilisateur. Pas d'interactivité ici, juste la mise en page comme support de mémoire : qu'est-ce que l'assistant sait faire, comment formuler une demande, quoi vérifier avant d'envoyer la réponse. Le HTML autoporteur me servait de format de travail facile à modifier, l'impression PDF servait de livrable final.

Ces deux exemples montrent que le HTML autoporteur n'a pas un seul usage. Il s'adapte au registre : interactif pour une décision, statique pour une référence, dense pour un dashboard, aéré pour un explainer.

3.6 — Et après ? Export PDF et publication via here.now

Un fichier HTML autoporteur est aussi une excellente base de travail pour produire autre chose.

  • Si une décision est prise : on imprime la page en PDF et on l'archive. L'artefact devient un document de référence figé.

  • Si on veut partager avec un tiers : on passe l'URL via here.now (vous voyez le bouclage avec la rubrique outil ?) et le tiers a accès à exactement la même interface que vous avec l'avantage d'être responsive et donc aussi adapter pour une lecture sur smartphone.

Le HTML autoporteur n'est donc pas un format de plus à ajouter à votre stack. C'est plutôt un état intermédiaire idéal : facile à produire avec un LLM, lisible immédiatement par un humain, convertible vers à peu près n'importe quoi d'autre.

3.7 — Ce qu'il faut retenir

  • Le markdown reste roi pour passer du contexte à l'IA. Ne le remplacez pas par du HTML.

  • Le HTML autoporteur prend la place de format de sortie quand un humain doit lire, comprendre, décider.

  • Adoptez la logique d'abondance : un artefact par tâche, jetable, contextuel. Pas un document de référence à entretenir.

  • Outillez-vous d'une skill ou d'un template personnel pour que vos artefacts aient une cohérence visuelle minimale.

  • here.now ou un équivalent ferme la boucle : du prompt à l'URL partageable en quelques minutes.

4 - Le prompt de la semaine

Pas de méga-prompt de 40 lignes cette semaine. Au contraire, une seule phrase, à ajouter en tête de vos conversations importantes

Avant de répondre… Est-ce vraiment la question que je devrais poser ?

L'IA répond toujours à la question qu'on lui pose. C'est sa nature. Mais la question qu'on lui pose est rarement la meilleure question. Cette phrase préliminaire force le modèle à prendre 5 secondes pour challenger le cadrage avant de produire sa réponse. Sur les sujets qui comptent (stratégie, décision, synthèse complexe), c'est souvent là que se joue la différence entre une réponse correcte et une réponse utile.

C'est aussi, en passant, exactement ce que l'encyclique évoque sous la formule « affaiblissant notre jugement personnel et notre créativité ». Quand on délègue trop vite, on délègue d'abord le cadrage. Cette phrase, c'est une petite résistance.

5 - Ce qui arrive : NL#196 et au-delà

Pour vous donner un peu de visibilité sur les semaines qui viennent :

  • Je partagerai une skill Claude personnelle que j'utilise pour préparer mes décisions à fort enjeu. Elle s'appelle Rodin. C'est un interlocuteur socratique anti-chambre d'écho, dont la règle principale est de ne jamais valider une position simplement parce qu'on la défend. Le contraire exact des chatbots complaisants qui vous flattent. Je vous explique pourquoi, comment je l'utilise, et vous repartez avec le SKILL.md prêt à installer.

  • Un combo qui revient régulièrement dans les questions de mes clients suisses romands, les LLM locaux (Ollama, le modèle Gemma) et la possibilité de les libérer de leurs garde-fous pour des usages spécifiques. Sous l'angle souveraineté et autonomie technique, pas sous l'angle « débrider une IA pour le sport ».

Si cette édition vous a été utile, transférez-la à un collègue qui se pose des questions sur l'IA. C'est le meilleur moyen de soutenir ce travail.

Merci !!!

Timo

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